[article]
Titre : |
Entretien avec Arlie Russell Hochschild |
Type de document : |
texte imprimé |
Auteurs : |
Arlie Russell Hochschild (1940-...) , Personne interviewée ; Laurence Bachmann, Traducteur |
Année de publication : |
2004 |
Article en page(s) : |
pp. 75-78 |
Langues : |
Français (fre) |
Résumé : |
Professeure de sociologie à Berkeley (Université de Californie), Arlie Russell Hochschild est principalement connue dans le monde anglo-saxon en tant que sociologue de la famille et du travail [1]
[1]
L’article de conclusion (initialement écrit en 1975) de son… . Ses recherches traitent des enjeux sociologiques, politiques et moraux du care. En tant que jeune chercheuse, j’ai rencontré Arlie Hochschild lors d’un séjour au département de sociologie de Berkeley. La richesse de ses réflexions et de ses recherches me motive à la présenter aux lectrices et lecteurs de NQF. Arlie Hochschild est peu connue dans le monde francophone, c’est d’ailleurs la première fois qu’elle est traduite en français. L’entretien ci-dessous, consacré à ses principaux thèmes de réflexion, devrait combler une partie de cette lacune.
2Dans « The Second Shift » [2]
[2]
L’auteure définit le Second Shift comme le travail familial qui…, vous soulignez le décalage important entre les aspirations égalitaires des femmes et celles des hommes qui demeurent traditionnelles ; comment les couples parviennent-ils à vivre ce désaccord au quotidien ?
3Autrement dit, comment les couples maintiennent-ils de bonnes relations lorsque les partenaires ne sont pas d’accord sur la répartition des activités du care et leur valorisation ? C’est une bonne question qui s’applique évidemment à tous les couples, hétéros et homosexuels, mariés ou non, avec ou sans enfants.
4Dans le monde actuel, il existe quatre possibilités. Premièrement, les partenaires ne supportent pas le désaccord, cela leur pèse et ils se séparent. Cette option ne résout bien entendu pas le problème de l’égalité qui prend en compte le care (les mères divorcées finissent souvent par faire tout le travail). Il y a un sentiment d’échec et l’impression que l’égalité est inatteignable ou ne fonctionne pas.
5Si le couple peut se le permettre financièrement, une deuxième option est ouverte : externaliser le care, c’est-à-dire déléguer le rôle de care-giver (la personne qui s’en charge) à une nounou ou à une employée domestique. Des recherches sur des couples états-uniens le montrent : par rapport à la décennie 80, les hommes des années 90 assument un peu plus de travail domestique et de soins aux enfants alors que les femmes en font beaucoup moins qu’il y a dix ans. Cette « solution » ne nous fait pas évoluer vers une société qui valorise davantage le care. Souvent, le problème est simplement transféré vers une employée domestique qui a laissé ses propres enfants dans son pays d’origine, au Mexique ou en Tunisie, par exemple.
6Une troisième réponse consiste en la valorisation du travail de care par chaque partenaire. Dans ma recherche, les couples exprimaient leur gratitude mutuellement. Un « merci », un signe de la tête, une reconnaissance par une petite marque d’attention, tels sont les termes de l’échange dans l’économie de la gratitude.
7Quatrième possibilité, la relation conjugale est marquée par cette tension née du désaccord concernant le travail familial (le second shift) – et mon livre parle de ce qui arrive dans ce cas. C’est une histoire malheureusement courante, mais qui n’est pas pour autant irrémédiable.
8L’économie de la gratitude entraîne-t-elle un changement dans les relations entre femmes et hommes ? [...] " |
En ligne : |
https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2004-3-page-75.htm |
Permalink : |
https://cs.iut.univ-tours.fr/index.php?lvl=notice_display&id=270864 |
in Nouvelles questions féministes / Jstor et Cairn.info > vol. 23, n° 3 (octobre 2004 - 2004/3) . - pp. 75-78
[article] Entretien avec Arlie Russell Hochschild [texte imprimé] / Arlie Russell Hochschild (1940-...)  , Personne interviewée ; Laurence Bachmann, Traducteur . - 2004 . - pp. 75-78. Langues : Français ( fre) in Nouvelles questions féministes / Jstor et Cairn.info > vol. 23, n° 3 (octobre 2004 - 2004/3) . - pp. 75-78
Résumé : |
Professeure de sociologie à Berkeley (Université de Californie), Arlie Russell Hochschild est principalement connue dans le monde anglo-saxon en tant que sociologue de la famille et du travail [1]
[1]
L’article de conclusion (initialement écrit en 1975) de son… . Ses recherches traitent des enjeux sociologiques, politiques et moraux du care. En tant que jeune chercheuse, j’ai rencontré Arlie Hochschild lors d’un séjour au département de sociologie de Berkeley. La richesse de ses réflexions et de ses recherches me motive à la présenter aux lectrices et lecteurs de NQF. Arlie Hochschild est peu connue dans le monde francophone, c’est d’ailleurs la première fois qu’elle est traduite en français. L’entretien ci-dessous, consacré à ses principaux thèmes de réflexion, devrait combler une partie de cette lacune.
2Dans « The Second Shift » [2]
[2]
L’auteure définit le Second Shift comme le travail familial qui…, vous soulignez le décalage important entre les aspirations égalitaires des femmes et celles des hommes qui demeurent traditionnelles ; comment les couples parviennent-ils à vivre ce désaccord au quotidien ?
3Autrement dit, comment les couples maintiennent-ils de bonnes relations lorsque les partenaires ne sont pas d’accord sur la répartition des activités du care et leur valorisation ? C’est une bonne question qui s’applique évidemment à tous les couples, hétéros et homosexuels, mariés ou non, avec ou sans enfants.
4Dans le monde actuel, il existe quatre possibilités. Premièrement, les partenaires ne supportent pas le désaccord, cela leur pèse et ils se séparent. Cette option ne résout bien entendu pas le problème de l’égalité qui prend en compte le care (les mères divorcées finissent souvent par faire tout le travail). Il y a un sentiment d’échec et l’impression que l’égalité est inatteignable ou ne fonctionne pas.
5Si le couple peut se le permettre financièrement, une deuxième option est ouverte : externaliser le care, c’est-à-dire déléguer le rôle de care-giver (la personne qui s’en charge) à une nounou ou à une employée domestique. Des recherches sur des couples états-uniens le montrent : par rapport à la décennie 80, les hommes des années 90 assument un peu plus de travail domestique et de soins aux enfants alors que les femmes en font beaucoup moins qu’il y a dix ans. Cette « solution » ne nous fait pas évoluer vers une société qui valorise davantage le care. Souvent, le problème est simplement transféré vers une employée domestique qui a laissé ses propres enfants dans son pays d’origine, au Mexique ou en Tunisie, par exemple.
6Une troisième réponse consiste en la valorisation du travail de care par chaque partenaire. Dans ma recherche, les couples exprimaient leur gratitude mutuellement. Un « merci », un signe de la tête, une reconnaissance par une petite marque d’attention, tels sont les termes de l’échange dans l’économie de la gratitude.
7Quatrième possibilité, la relation conjugale est marquée par cette tension née du désaccord concernant le travail familial (le second shift) – et mon livre parle de ce qui arrive dans ce cas. C’est une histoire malheureusement courante, mais qui n’est pas pour autant irrémédiable.
8L’économie de la gratitude entraîne-t-elle un changement dans les relations entre femmes et hommes ? [...] " |
En ligne : |
https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2004-3-page-75.htm |
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https://cs.iut.univ-tours.fr/index.php?lvl=notice_display&id=270864 |
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